Coups de cœur cinéphiles
Oh mais quel joli coup de cœur que voilà ! De ceux qui me font aimer le cinéma à la folie ! Mais quel beau, si beau film que nous offre Cédric Klapisch avec En corps ! Moi qui croyais à un mauvais jeu de mots, annonçant un film pesant, c’est tout au contraire une irréelle légèreté que j’y ai trouvé.
Au plan d’ouverture, une danseuse passe de gauche à droite et son mouvement est décomposé à l’écran. Comment ne pas penser immédiatement aux recherches des frères Wilhelm et Eduard Weber en 1836 sur la locomotion humaine, au Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp en 1912 ! Études du mouvement évoquées ici pour suggérer ce que va être l’histoire de ce film, le mouvement des corps, mais aussi celui des âmes et des sentiments. Choses permises par un cinéma au plus près de la fragilité de ces hommes et de ces femmes.
L’ouverture ensuite, quinze minutes sans un mot, que de la danse, de la scène aux coulisses, faite de perspectives et de jeu avec les couleurs, d’une réelle beauté plastique et narrative.
Je n’ai pas pu ne pas me souvenir de Beau travail de Claire Denis, impossible, tellement les corps dans leurs mouvements deviennent charnels et profondément beaux. Et puis Degas, et puis Toulouse-Lautrec. Je découvre un cinéaste amoureux fou de la danse, et qui lui rend bien, superbement !
Et l’on passe d’un personnage à un autre avec émerveillement, gourmandise, riant de leur belle humanité, décrite avec tact et tendresse. Je les aime tous, de la jeune danseuse, Élise, à Muriel Robin campant une sacrée bonne femme, et tous les autres, je les aime tous !
Et ce moment de grâce absolu, et qui passe presqu’inaperçu : la battle de hip-hop au début du récit. Lévitation ahurissante du danseur se jouant complètement de la pesanteur et du temps, semblant l’accélérer ou le freiner. Il faut que je revoie ce film ! Il est tellement, mais tellement !
Et un autre aussi, le contrepoint absolu de la grâce et de la légèreté décrite avant : Bronson. Ou l’histoire du plus violent et du plus cher prisonnier d’Angleterre. Petit film passé complètement sous mes radars. Un petit délinquant qui découvre que la prison, si elle est un enfer pour les autres, est pour lui un endroit où s’épanouir. Devenir un prisonnier professionnel avec comme seule ambition : être célèbre.
Et de découvrir un cinéaste, Nicolas Winding Refn. Plus exactement de le redécouvrir. Drive m’avait bousculé, et il m’a fallu au moins trois visionnages pour en apprécier ses subtilités. Et lire aussi beaucoup d’analyses critiques ! Mais Only God Forgives m’avait lui saoulé de par sa violence, que je trouve totalement gratuite. Plein de choses me dérangent en fait dans ce film, le sang, les couleurs crues et électriques des gélatines, tout est de trop, jusqu’à la caricature.
Mais avant, juste avant, il y a eu Bronson. Je comprends les réserves de certains journalistes quant à la forme et quant au fond, réserves que je trouve pertinentes. Mais il n’empêche ! C’est un putain de bon film ! Parce que le traitement grotesque reste assez jubilatoire alors que la violence décrite reste très réelle. Parce que l’histoire qui est racontée, l’est, réelle. Et si on fait un tant soit peu devoir d’imagination, derrière le clownesque de cette histoire, ça grince salement.
