Il y aura sûrement un peu de Gabriel García Márquez dans cette maison

J’ai ce rêve de maison depuis mes 14, 15 ans environ. Jamais je ne pourrais la réaliser, car même si je la veux modeste – mais les fantasmes sont-ils vraiment modestes ? -, je sais depuis longtemps que c’est un projet irréaliste. Pas totalement fou, juste complètement hors de ma portée.

Se combinent plusieurs influences, de la domus romaine à Némausus 2 de Jean Nouvel, à l’immeuble de la Jonhson Wax de Frank Lloyd Wright en passant par Gaudí et les écrits de Michel Tournier. Vous allez me dire, mais quel bien drôle de mélange !

J’imagine d’abord que ce lieu particulier sera une résidence d’artistes avec des ateliers entièrement blanc, baignés d’une lumière zénithale par le biais de sheds orientés nord, laissant ainsi passer la lumière des artistes, ou tout de vitres vêtues à l’instar la façade de l’immeuble d’ateliers Jean Perzel, qui longe le Parc Montsouris. Pour chaque artiste, comme pour l’École normale supérieure ou le Couvent Sainte-Marie de La Tourette, des thurnes ou des cellules. Petites, intimistes, propices au recueillement, à la création et au repos.

Et des communs. En allant des sanitaires ayant un certain cachet, chaleureux, comme le Lavatory de la Madeleine, jusqu’au réfectoire, ouvert en absolue majesté sur le paysage, du sol au plafond, et haut le plafond, bien haut. Il faudra ça pour laisser entrer ce paysage.

Une tour ronde abritant une bibliothèque sur plusieurs niveaux. Architecture centripète par excellence, permettant la concentration nécessaire à l’étude des ouvrages. Jusqu’à en oublier l’heure. Une cloche actionnée à la main, et non mécanique et horlogée, sera là pour rappeler à chacun les temps en communauté, comme les repas.

La cuisine ne sera pas, jamais, une cuisine collective et sans âme, tout juste bonne à réchauffer des plats industriels commandés à une centrale. Non. Avez-vous vu les cuisines de la mère Brazier ? Voilà, pas besoin d’être très grand pour être convivial et surtout très bon.

Comme cette cuisine, et donc en référence et au domus, et à la Jonhson Wax, une architecture qui de l’extérieur paraîtra austère, tout en étant d’une délicatesse certaine dans les détails, pour, à l’intérieur, révéler une incroyable richesse propice à la création. Quand je suis passé devant les ateliers Perzel ou la Fondation Cartier, je ne connaissais pas ces bâtiments, et ce ne sont que d’infimes détails qui ont attirés mon regard, de par leur extrême raffinement, et m’ont amené à découvrir leur majesté et leur humilité.

Ce raffinement n’est pas seulement dû à l’usage de matériaux nobles et luxueux. Demandez à Gaudí et à Jean Nouvel. J’aimerai un mélange des genres, de l’ancien au moderne, en toute harmonie. L’envie de passer de la lumière au tamisé, du clair au presque noir, avec des hauteurs sous plafond qui s’adaptent au lieu et à la fonction. Envie de très minéral avec des bétons architectoniques brut de décoffrage, et d’odeurs de boiseries chaudes du chêne. De luxuriance folle et du bruit délicat d’une fontaine alimentant le bassin, miroir du ciel.

Parce que le plan général reprendrait celui des domus romaines. Avec l’envie de réaliser cette architecture idéale aux fines colonnes de leurs fresques, et que seule la maîtrise du fer et de l’acier permis au XIVe siècle, avec ces gares et ces serres prodigieuses. La structure serait donc une âme d’acier, remplie soit de béton, soit de vastes verrières. Le bois pour les mezzanines, des ateliers ou des thurnes.

La façade, dépouillée, donnerait sur une rue, simple. L’agencement des différents espaces sur un ou deux niveaux donneraient sur des atriums abrités de péristyles. En bout de parcelle, une ouverture sur le terrain, donnant sur un jardin de curé, un vrai, et un jardin à la limite de la forêt primaire. J’en ai vu un, je ne sais plus où, et c’est fort dommage. Mais surtout, surtout, le Parc Balbi à Versailles qui continue à m’émouvoir des années après. Que l’on se pose la question d’où fini la maison et où commence le jardin. En bas, une piscine naturelle. La seule séparation nette sera celle d’avec la rue et d’avec les ateliers.

Voilà mon rêve. Celui d’une vie en collectivité, créatrice et dans un environnement accueillant et chaleureux. En toute modestie donc. Pour répondre d’avance à certaines questions, je voulais être architecte, mais j’ai gardé toutes les images dans ma tête.