Encore !

Pas fini de lire ce bouquin de Cormac McCarthy, je crois que j’ai peur de le finir à dire vrai. Et pourtant, je le connais. Bien, très bien même pour l’avoir déjà lu. Mais je procrastine… À ma décharge, le texte est exigeant et demande une disponibilité d’esprit que je n’ai pas toujours.

Envie de relire La route du même auteur, après avoir lu son adaptation en bande dessinée par Manu Larcenet. Dessins d’une rare justesse. Il me faut remonter au livre illustré par Tardi du Voyage au bout de la nuit pour éprouver ce genre d’émotions graphiques indissociables du texte. C’est un livre terriblement beau. Les deux d’ailleurs.

J’ai enfin pu m’offrir Maus d’Art Spiegelman, lu il y a trente ans déjà. Seule bande dessinée à avoir reçu le Prix Pulitzer au passage. Le documentaire sur son auteur permet de mieux comprendre la genèse et le contexte de cette œuvre d’une densité incroyable.

Après avoir entendu des passages déclamés et être littéralement sidéré par la musicalité de ce texte, je me suis offert Le Mahâbhârata, l’un des livres les plus anciens de l’humanité, mais je reste interdit devant ce livre. Là aussi, de l’appréhension. Je vais aussi m’offrir Le Cantique des oiseaux, et je verrai bien si je reste encore bloqué, là, au milieu du gué. Sidéré. Par plus grand que moi.

J’ai des dizaines de livres qui m’ont été donnés à lire, en souffrance à ma maison, dans mon chez-moi qui m’est si important, mais j’ai aussi tellement de films, de séries, de documentaires à voir ! Sans compter tous les musiciens que je prends plaisir à découvrir en même temps que j’écris ou que je développe mes photos, avec comme fond sûrement un peu de spleen et de tristesse. Ça ce n’est pas trop grave, j’habille ces vêtements depuis si longtemps, que c’est à peine si j’y fais vraiment attention désormais. Même mon chat s’y est fait.

J’ai encore plusieurs bonnes dizaines de livre photo à lire, légués par ce photographe parti trop tôt. J’absorbe comme je peux, quand je le peux, toutes ces petites merveilles qui attisent doucement ma curiosité en un souffle continu, toujours vibrant même quand moi, je vacille dans mes groles, légèrement étourdi par des sollicitations triviales dont au fond, je n’ai que foutre. Le sentiment que là ne se situe pas l’important. M’agace. Perte de temps.

J’oscille entre cette phrase de Milan Kundera, qui décrivait ainsi Tereza dans L’insoutenable légèreté de l’être : « Ce qui distingue l’autodidacte de celui qui a fait des études, ce n’est pas l’ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi ». Donc entre cette phrase et Bouvard et Pécuchet, satire extrêmement acide, voire virulente, où Gustave Flaubert brocarde la bêtise de ses contemporains qui apprennent sans comprendre, je fais profil bas. Vraiment très bas. Pourtant cette ivresse de la découverte, je la vis tous les jours, tous les jours, je vais de merveilles en merveilles, toujours ravis, toujours enjoué. Jamais blasé.

Sans savoir ce que je vais bien pouvoir en faire de ce fatras, sûrement mal assimilé, ce qui est d’ailleurs quasi-certain, et sans non plus pouvoir le partager, ayant l’impression de naviguer en solitaire sur des mers bien éloignées de toute terre connue, en étranger lointain. Ce doit être effectivement une des raisons de cette tristesse que je balade derrière moi comme un petit nuage noir. Pourtant que de merveilles… Encore !