Que leur sacrifice ne soit pas vain et nous connaîtrons des jours encore meilleurs
Nous sommes le 5 juillet 2056. Loin de moi l’idée d’écrire un journal du quotidien d’un habitant de la Terre, exercice absolument vain puisque toutes les métadonnées sont automatiquement compilées dans d’énormes datacenters via tous les objets connectés qui nous environnent, et accessibles à qui le voudrait. Ce qui n’étaient que de simples gadgets au début du millénaire, sont devenus obligatoires par une succession de lois pour améliorer la santé, la sécurité, le bien-être et bien sûr la surveillance généralisée. Nous avons adopté depuis longtemps le système de crédits sociaux de la Chine. Et nous l’avons même grandement amélioré grâce à des technologies extrêmement avancées de lecture de pensées en temps réel, directement transmises au LévIAthan. LévIAthan qui régit tout. Même le vivant non-humain. Elle peut ainsi prévenir les risques pour l’Homme et pour l’environnement. Tout ce qui respire, vit et meurt est sous total contrôle, continuellement analysé. Nous vivons libres dans un monde régi par des algorithmes, des intuitions numériques, synthétiques. Chaque machine que nous croisons au quotidien sait tout de nous et s’adapte sans même que nous nous en rendions compte à nos vies, nos rythmes, nos envies, nos besoins.
On pourrait croire, qu’ainsi, nous avons su éloigner les guerres, les famines et les inégalités de classe. Pas du tout. Le système les a simplement intégrés comme étant des composantes normales de notre condition humaine. Nous pourrions tous vivre en paix et dans la prospérité, mais nous ne le faisons pas, en pleine conscience. Pour que certains puissent vivre heureux, il faut en sacrifier d’autres. Je fais partie des élus, de ceux à qui jamais rien n’arrivera puisque LévIAthan veille sur moi tel un ange gardien depuis ma conception en laboratoire jusqu’à mon dernier soupir. Et comme tous mes condisciples, nous connaissons parfaitement les conditions et nous les acceptons pleinement. Que leur sacrifice ne soit pas vain et nous connaîtrons des jours encore meilleurs.
