Atelier d’écriture #4

1 – le cheval volant vous inspire. Donnez-lui un prénom et écrivez une courte histoire
Marque-page, illustration cheval ailé, livres ouverts qui volent, fond rougeoyant, qui se réfléchit sur le cheval (en bas), noir, bleuté (en haut), ne pas utiliser Pégase

Je n’ai pas de nom. Je porte le nom que les lecteurs me donnent au fil de leur lecture, au fil de leur imaginaire, et c’est souriant et confiant que je m’élance dans les narrations qu’ils ont choisies et pour découvrir et pour s’échapper et pour rêver et pour éprouver autrement le monde. Comme l‘Ange des Ailes du désir qui écoute les voix diverses et multiples de l’humanité, je découvre à travers leurs lectures, leurs rêves et leurs aspirations. Ou leurs peurs. Mon nom pourrait être Personne comme l’Indien de Dead man de Jim Jarmusch. Personne pour être tout le monde.

2 – Imaginez que vous venez de recevoir « une lettre comme on ne peut en recevoir qu’une seule au cours de sa vie », écrivez-la

Joël Egloff est né en Moselle en 1970. Après son bac à Saint-Avold, il suit des études d’histoire à Strasbourg puis s’inscrit à l’ESEC (école supérieure libre d’études cinématographique) à Paris. Il commence par écrire des scénarios et travaille comme assistant-réalisateur. Il se consacre à présent à l’écriture. Il est l’auteur de cinq romans dont L’étourdissement qui a obtenu le Prix du livre Inter en 2005. En 2012, il publie son sixième roman, Libellules, chez Buchet-Chastel.

Libellules
Ce n’est pas que je suis jamais satisfait du courrier que je reçois, mais je crois que j’ai toujours l’espoir qu’un jour ou l’autre arrivera La lettre.
Qui me l’enverrait ?
Je ne sais pas…
Pour me parler de quoi ?
Je ne sais pas non plus, puisqu’à ce jour je ne l’ai pas reçue, mais ce serait une lettre qui surpasserait de loin les autres.
Une lettre comme on ne peut en recevoir qu’une seule au cours de sa vie…

Mal dormi.
Mal rasé.
Café trop brûlant. Qui me brûle la gueule.
Chat qui miaule. Mal de tête.
Je viens de me lever et j’en ai déjà marre. Je gratte une démangeaison quelconque à travers le pyjama. La sonnette. À cette heure ?
Je maugréé, vire le chat planté sur mes jambes, me casse la figure sur les cartons. Je gueule un coup. Vraiment marre.
J’ouvre la porte.
Une postière se tient là, plantée sur le paillasson cradingue dans les communs qui puent.
Souriante. Elle me salue et me tend une lettre. Je signe ce foutu bordereau avec un stylo qui ne fonctionne pas.
Et elle sourit délicatement. Je lui rends son sourire, le mien sent la mauvaise nuit. On se salue. Je referme la porte encore sous le charme. Le chat miaule. Je m’en fous.
J’ouvre la lettre. Et je m’assieds. Je relis.
Je n’en crois pas mes yeux et doute de la réalité de l’instant.
Après des années de création en solitaire, mon travail va rentrer dans les collections permanentes de la BnF. Le chat miaule, mais je ne l’entends pas.

3 – À votre tour d’écrire un texte sur « l’édifice immense du souvenir » en relation avec un ou plusieurs de nos cinq sens

Valentin Louis Georges Eugène Marcel Proust est un écrivain français né à Auteuil le 10 juillet 1871. Issu d’une famille d’un milieu bourgeois, cultivé et marqué par un entourage féminin, le jeune Marcel est de santé fragile ; il aura toute sa vie de graves difficultés respiratoire causées par l’asthme. Il fait d’abord des études de droit, puis de lettres, pour finir par intégrer le milieu artistique et mondain de Paris, ce qui lui vaut une réputation de dilettante mondain. Il commence une carrière de journaliste-chroniqueur, travaillant aussi au roman qui semble ne jamais pouvoir s’achever, Jean Santeuil. En 1900, il voyage à Venise et à Padoue pour découvrir les œuvres d’art en suivant les pas de John Ruskin sur lequel il publie des articles et dont il traduit sans succès certains ouvrages. La mort de sa mère déstabilise encore sa personnalité sensible et inquiète. Son activité littéraire devient plus intense, et c’est en 1907 que Marcel Proust commence l’écriture de son grand œuvre, À la recherche du temps perdu, dans la solitude de sa chambre aseptisée. Il écrit l’un des romans occidentaux les plus achevés, dont les sept tomes sont publiés entre 1913 et 1927, c’est-à-dire en partie après sa mort. Il s’insurge contre la méthode critique de Sainte-Beuve, alors très en vogue, selon laquelle l’œuvre d’un écrivain serait avant tout le reflet de sa vie et ne pourrait s’expliquer que par elle. Tandis que la première partie, Du côté de chez Swann, passe inaperçue, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, le deuxième volet de la Recherche reçoit en 1919 le prix Goncourt. Dans l’ensemble de son œuvre, Proust questionne les rapports entre temps, mémoire et écriture. Connu pour la longueur de ses phrases parsemées de relatives au rythme dit asthmatique, Marcel Proust reste une référence et un monument incontestable de la littérature française. Dans La recherche du temps perdu, il réalisa une réflexion sur le sens de l’art et de la littérature, sur l’existence même du temps, sur sa relativité et sur l’incapacité à le saisir au présent. Ses amis et relations utilisaient, pour qualifier sa manière d’écrire, le verbe proustifier. Il meurt à Paris le 18 novembre 1922, épuisé, emporté par une bronchite mal soignée laissant une œuvre qui marquera le XXe siècle et la littérature mondiale.

Du côté de chez Swann (Tome 1 de À la recherche du temps perdu)
Résumé
Le plaisir de la lecture, à l’heure du thé, le drame du coucher… Par l’évocation d’innombrables petits moments tour à tour délicieux, humiliants, érotiques, décevants, Proust nous invite à prendre part à ses réflexions dans ce premier volume de la Recherche, où les souvenirs d’enfance – Combray – et les premiers instants de l’adolescence – noms de pays – encadrent le récit des amours d’un riche collectionneur et d’une demi-mondaine – Un amour de Swann. À la manière de Shéhérazade dans Les Milles et une nuits, le romancier dévoile une histoire merveilleuse et complexe, qui nous conduit des jardins enchanteurs d’un village français aux sombres ruelles parisiennes, en passant par les feux de l’Opéra et les salons aristocratiques. Nous suivons son narrateur-héros qui cherche à étancher sa soif d’émerveillement et prenons part à sa quête toujours renouvelée du sens de la vie.

Extrait
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul.
La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté…
Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Cet hiver, je prépare mon vélo pour partir à l’aventure. Me réapproprier ma liberté. Besoin et envie. De filer, loin. J’ai grand-hâte de sentir à nouveau l’effort, long, endurant. De voir à nouveau les paysages défiler. D’avoir soif, d’avoir faim, sentir le poids de la fatigue et cette volonté de dépassement. Crâne et absolue. Envie de sentir à nouveau le feu de bois, sa chaleur et ses flammèches, l’air vif du soir, la chaleur du duvet. Envie de voir les étoiles dans le ciel et d’entendre le bruit du vent et du ressac. Envie de me baigner à l’aube encore humide et bleue dans une mer du début des temps. Envie de redécouvrir cette liberté, parfois vécut enfant, soit dans les landes, soit en bord de mer, libre de courir les bois le temps d’une parenthèse loin de la rudesse de ma jeunesse, grise le plus souvent.
Recouvrer ma liberté.
Maintenant.