À votre porte se trouve…

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Embrasser l’Univers

Mine de rien

J’en étais là, à regarder mon chat comme si c’était la première fois. Pourtant, le bestiau ne payait pas vraiment de mine, gouttière mal peint, mal proportionné, avec une tête trop petite sur un corps trop fin, limite maigre malgré ce qu’il bâfrait ce morfale à grandes pattes, un espèce de Général de Gaulle qui ferait miaou pour n’importe quoi. Ça fait bizarre de se dire que si ça se trouve, j’ai chez-moi la réincarnation du général. Vraiment très, très bizarre. Trêve de baratin, je me fais (encore) engueuler, que la gamelle est encore vide, qu’il n’y a pas assez de piafs à la fenêtre, pas assez de caresses, trop de caresses, faudrait savoir merdàlafin!©, bref, il fait vraiment braire le monde l’affreux.

Alors, passé ce furtif moment de fierté, je le regarde de biais, mais m’exécute tout de même, sinon je connais que trop les mesures de rétorsion pour les avoir déjà vécues et que c’est franchement pénible de se faire mener la vie dure par un greffier. Genre le monde tourne autour de son nombril, que personne n’a vu d’ailleurs, son nombril, hein, que la cloche sonne dans un long glas intersidéral. Je commence à en avoir marre que tout le monde se radine à ma maison à moi que je voudrais bien être peinard, scrogneugneu que je râle à l’intention du monde entier qui s’en fout comme de l’An quarante de mézigue, j’ai l’habitude, mais je suis seul avec le chat qui s’en fout aussi, grand bien lui fasse.

Bref. J’ouvre la porte et mon regard fait un mouvement caméra en contre-plongée direct rapide et tout avec une sensation folle de perspective que même à Hollywood, c’est galère à faire alors que les moyens, ils les ont, tout ça pour essayer de parvenir à deviner la tête du mec grand fort et balèze qu’on dirait coulé dans du bronze tellement il est massif et tellement la peinture de peau fait illusion, en slip de bain ridicule, mais ridicule tellement il est tout petit pour un type aussi grand, fort et balèze et avec une écharpe que je suis trop loin pour arriver à la lire. Pas besoin en même temps, il s’annonce :

Aïe ! Âm’ Misteur Iounivers’ qu’il me fait le zigue, qui ne m’impressionne pas trop, mais un peu quand même.

Moi, je reste coi, quoi dire ? Alors je dis rien.

Alors là, c’est un peu compliqué de comprendre avec son accent autrichien et californien en même temps, une vraie tannée de comprendre, je vous jure, la prochaine fois qu’ils m’envoient un zozo avec un accent à couper au couteau, je m’en vais me plaindre à qui de droit.

Et pour le coup, c’est lui qui vient se plaindre.

Ah… Merde, on n’est pas sorti le cul du roncier que je marmonne in petto à voix haute.

De quoi qu’il s’agît monsieur Iounivers’ au juste ?

Mon chat qui n’arrête pas de se plaindre, justement à la Terre entière, au monde entier, Univers compris que la gamelle est encore vide, qu’il n’y a pas assez de piafs à la fenêtre, pas assez de caresses, trop de caresses, tout le monde entier de la galaxie et de la Terre entière en a plus que marre de ses jérémiades et qu’il faudrait que ça cesse, bordel ! qu’il me fait, l’œil courroucé. Et pas un peu. Je vois mon chat filer tout penaud sous un meuble. Et on est deux à le regarder, lui en slip, moi en chaussettes et en calcif, genre marre qu’il ouvre sa gueule pour tout et n’importe quoi. Alors il nous regarde tout confus, je ne croyais même pas ça possible de sa part un jour, alors on fait durer le plaisir, l’œil fâché et néanmoins furibond, juste par gourmandise. Je promets à Misteur Iounivers’ que je vais avoir une petite discussion des familles avec le vilain mistigri pas très gentil et que de miaou, il n’y aura plus, promis, juré, j’ose pas cracher. Et je lui serre la louche. À Misteur Iounivers’. Et il m’accolade, reconnaissant, à m’en broyer les n’os.

Coup de mou >